Vaud, champion olympique du cautionnement moral d’un pays bafouant les droits humains ?
Il s’appelle Hu Jia. Son nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant, il est bien plus connu que des centaines, des milliers d’autres Chinois victimes du bafouement des droits humains par le plus grand pays de notre planète.
Hu Jia a été condamné à 3ans et demi de prison à la suite d’un procès qualifié d’inéquitable par Amnesty International pour « incitation à la subversion ». En fait, son seul tort est d’avoir parlé à des journalistes de l’état du respect des droits humains en Chine.
Yang Chunlin quant à lui a écopé pour le même grief de 5 ans d’emprisonnement. Il est vrai que ce défenseur des droits des paysans avait été l’un des initiateurs d’une campagne intitulée « nous voulons des droits humains, pas les Jeux olympiques ». Nous pouvons le constater hélas chaque jour : l’approche des JO a contribué à fortement détériorer la situation des droits humains et non pas à les améliorer comme l’avait promis la Chine avant de recevoir les JO et comme les dirigeants l’avaient promis aussi après. En fait, plus les JO approchent, plus la répression contre les militants s’intensifie. Comme si le gouvernement voulait faire place nette. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : les mendiants, les vendeurs de rue ou encore les toxicomanes sont envoyés dans des camps de « rééducation ». Ainsi, Pékin aura un visage « tout à fait propre » lors des JO. Il faut relever que la police peut envoyer directement dans ces camps les personnes appréhendées, sans décision de justice, et les faire ainsi incarcérer pour une période pouvant aller jusqu’à 3 ans. C’est l’une des violations des droits humains liées spécifiquement aux Jeux. Mais nous pouvons encore citer le déplacement forcé de population pour construire les stades et autres infrastructures sportives, et l’emprisonnement systématique des gens qui ont protesté contre cette mesure. De plus, des milliers de travailleurs ont été « importés » à Pékin pour la construction des grands ouvrages comme le stade. Ces personnes, une fois déplacées de leur province, n’ont plus de droits. Par ailleurs, le doute le plus grand plane sur leur traitement : sont-ils nourris ? Logés ? Payés ? Cerise sur le gâteau, ils ne peuvent créer eux-mêmes un syndicat pour défendre leur droit… En fait, ce sont les droits fondamentaux de milliers de travailleurs qui sont de la sorte bafoués.
Reporters sans frontières a appelé au boycott de la manifestation d’ouverture. Amnesty International prône plutôt le fait d’utiliser l’occasion et la tribune offerte pour dénoncer les violations des droits humains en Chine, en y allant ou non. Mais ce qui est capital, c’est que les personnes qui s’y déplaceraient soient bien informées de ce qui se passe là-bas avant d’y aller. Il est aussi fondamental d’appeler dès maintenant à ce que la situation change, de mettre la pression sur le gouvernement chinois en demandant des gestes forts, par exemple la libération de prisonniers défenseurs des droits humains. En 4 mois, c’est tout à fait possible. Et si des politiques se rendent sur place, ils se doivent d’ouvrir grand les yeux et les oreilles, de garder un esprit critique et d’utiliser les tribunes qui leur seront ainsi offertes pour dénoncer les violations en matière de droits humains et de liberté d’information. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle si à Pékin vous tapez http://www.amnesty.org/, le site est étrangement indisponible. Et si vous recherchez « droits humains », vous tombez sur un chapitre spécifique du site du parti communiste. Y aura-t-il au moment des JO un deuxième réseau web, accessible pour les visiteurs, ouvert et non limité ? Cela ne serait pas étonnant…
Terminons par quelques considérations qui font, je le pense, froid dans le dos. Imaginez-vous un stade. Non pas un construit exprès pour les JO, mais un autre, utilisé soit pour l’entraînement, soit pour des compétitions. Il faut savoir que la Chine procédait jusqu’à il y a peu à des exécutions de masse. Et elle l’a fait parfois dans des stades, en conviant des écoliers qui prennent place dans les gradins pour voir mourir les condamnés d’une balle dans la nuque. Il y a plus de 60 délits passibles de la peine de mort en Chine. Il faut savoir que l’on peut être aussi condamné à la peine capitale pour avoir fraudé le fisc, propagé des informations sur le SRAS (syndrôme respiratoire aigu) ou encore tué un panda. Selon les statistiques sur la peine de mort publiées aujourd’hui par Amnesty International, la Chine est toujours et encore le pays qui exécute le plus au monde. Au moins 470 exécutions ont été recensées en 2007, et ce chiffre est bien en-deçà de la réalité.Ces exécutions dans les stades ont-elles toujours lieu ? Recommenceront-elles après les JO ? Y compris dans les stades utilisés pour les JO ? Je ne sais. Mais il faut que, si un ou plusieurs politiques représentent notre canton à la cérémonie d’ouverture, ces personnes aient en tête le déni des droits humains qui a lieu là-bas. Fermer les yeux, les rouvrir et espérer qu’à la place de la cérémonie d’ouverture, il n’y ait pas une exécution de masse. S’imaginer que dans le même stade, après les JO, une petite écolière pourrait être assise à la même place, regardant des dizaines de personnes se faire tuer.
Le 3 avril dernier, sur les ondes de la Radio Suisse romande, M. Denis Oswald, membre de la commission exécutive du Comité international olympique, déclarait à propos de la cérémonie d’ouverture des JO : « Le CIO, par tradition, ayant son siège en Suisse, le CIO invite le syndic de Lausanne, un représentant du Conseil d’Etat de Vaud et le président de la Confédération Suisse. Cette pratique existe depuis très longtemps et elle a été maintenue pour les jeux de Pékin ». D’où les questions suivantes :
- Le Conseil d’Etat vaudois a-t-il effectivement reçu cette invitation dont fait mention M. Oswald ?
- Le Conseil d’Etat a-t-il l’intention de répondre positivement à celle-ci ?
- Si oui, qui le représentera ?
- Si oui toujours, entend-il marquer de manière forte sa désapprobation concernant la politique menée par la Chine en matière de droits humains ?
- Si oui, de quelle façon ?
Je m’excuse d’avoir été quelque peu long. Mais il me semble que la situation est suffisamment interpellante pour cela. Je finirai en indiquant que le délai de réponse de trois mois tombe au milieu de l’été, juste avant les JO. De fait, je remercie d’avance le Conseil d’Etat de jouer fair-play et de donner réponse aux quelques questions posées ci-dessus avant le délai usuel de trois mois.








